La Syrie au présent

Proposition de structure de l’ouvrage

zghazza@luc.edu

zouhairghazzal.com

 

Coordination : B. Dupret, Z. Ghazzal,

Y. Courbage

Comité scientifique : H. Abbas, M. Dbiyat,

S. Kawakibi

 

Le but principal du projet collectif La Syrie au présent est de proposer de nouvelles voies de recherche, à partir des sciences sociales, sur la Syrie contemporaine. Comme on l’a déjà noté lors de notre rencontre à Damas, les 10 et 11 décembre dernier, la rareté des publications sur la Syrie pose en soi un grand problème. En plus, la plupart des recherches ont pour enjeu de grands ensembles politiques, économiques, sociaux et culturels. La question serait donc de voir s’il est possible de doubler l’approche par les grands enjeux politiques et sociaux d’une démarche qui prendrait en compte les transformations sociales à partir des expériences sur le terrain des acteurs sociaux (ou des usagers) eux-mêmes. Un coup d’œil rapide sur des titres d’articles récents recensés sur les bases de données de différents sites Internet (voir annexe) montre un certain désir de la part des chercheurs travaillant sur la Syrie (même pour des périodes très brèves) de dépasser les cadres traditionnels de la recherche—c’est-à-dire la politique, l’économie et la société définis en eux-mêmes comme de grands enjeux de recherche—vers des objets plus précis qui demanderaient une connaissance à chaud du terrain. Ce que l’on voudrait tenter de faire, c’est donc d’intégrer, à titre expérimental, les niveaux traditionnels de la recherche avec des expériences sur le terrain. En bref, notre ouvrage sera composé de grandes synthèses portant sur la politique, l’économie, le droit et la société, entremêlées avec des études de terrain plus courtes. Plus spécifiquement, l’ouvrage se structurera autour d’une dizaine articles de « synthèse » auxquels s’ajouteront des « arrêts sur image » beaucoup plus courts et dont le nombre dépendra de la disponibilité de chercheurs qualifiés. Dans la conception finale de l’ouvrage, les deux parties—« synthèses » et « arrêts sur image »—ne seront pas toutefois nécessairement séparées : on pense plus à la possibilité d’enchevêtrer des articles de synthèse longs avec d’autres beaucoup plus courts, et qui agiront comme une sorte de contrepoints aux premiers (l’ouvrage dirigé par Pierre Bourdieu, La Misère du monde, peut servir de modèle dans cette façon de mettre ensemble des textes de tonalités différentes).

Prenons un exemple pour illustrer notre démarche. La Syrie passe pour l’un des pays du monde arabe qui aurait « raté » son passage d’un ottomanisme féodal et décentralisé à un syro-arabisme libéral et « national ». Après le démembrement de l’Empire ottoman, la période du mandat français avait permis d’élargir et d’approfondir les bases politiques et économiques de la bourgeoisie urbaine syrienne. L’accession à l’indépendance a été vite marquée par une série de coups d’État, une union de trois ans avec l’Égypte soudainement conçue puis avortée (1958-1961), puis dès 1963 l’accession du parti Baath au pouvoir et sa consolidation en un régime autoritaire. Ce qui nous importe le plus ici serait de déceler les « coupures » les plus significatives à des niveaux différents : le niveau juridique, par exemple, constitue sans doute le niveau le plus facile à délimiter : dès 1949, la promulgation du code civil syrien introduit une « coupure » dans le raisonnement juridique, ainsi que dans les procédures civiles et pénales, même si, à l’époque du mandat, un code officieux à la française s’était de facto imposé à la marge de la Majalla ottomane. Depuis 1949, la Syrie n’a connu aucun changement juridique majeur. Qu’en est-il par ailleurs du politique et de l’économique ? Cette date-événement de 1949, qui marque une « coupure » essentielle au niveau juridique, s’y retrouve-t-elle ? Et que dire du « social » ? Il faut en effet attendre 1958—l’union avec l’Égypte et les débuts des nationalisations—pour voir les fondements politiques et économiques de la bourgeoisie syrienne se déliter : un processus qui débute avec Nasser en 1958, se consolide en 1963, avant de s’achever en 1965. Durant les quatre dernières décennies, la mainmise étatique sur le politique et l’économique finit par étouffer l’espace public et la production culturelle. Or si la période de 1958 à 1965 constitue en elle-même une rupture à la fois politique et économique—la fin du pouvoir mandataire « bourgeois »—, on peut se demander s’il en est de même de tout ce que l’on pourrait qualifier de « social » ?

C’est en effet à ce niveau que tout se brouille—d’où la nécessité d’études de terrain qui dépasseraient le cadre général de « synthèse ». C’est aussi à ce niveau que l’expérimentation n’a pas de limite, car tout dépend des conditions d’ « accès » des chercheurs à leurs terrains respectifs. Alors qu’en ce moment, on voudrait représenter la Syrie comme effectuant—avec beaucoup de réserves—un « tournant libéral », c’est en fait le « social » comme tel qui y est directement impliqué. En effet, la plupart des recherches sur la Syrie procèdent par une sorte de raccourci méthodologique : la mainmise de l’État sur l’économique et le culturel impliquerait un « contrôle social » effectif et total (comme ces fameuses « total institutions » d’Erving Goffman). On trouve, à titre d’exemple, ce genre de raccourci dans le livre de Lisa Wedeen, Ambiguities of Domination (Chicago UP). Dans le souci d’étudier les « représentations » politiques comme ayant un « effet » direct sur le comportement des individus, Wedeen commet l’erreur de supposer que lesdites « représentations » agissent comme des stratégies « disciplinaires » à la Foucault sur des « sujets » (apolitiques ?) qui finissent par les prendre comme allant de soi. Or une grande distance sépare ces « représentations » politiques de leur « intériorisation » comme « normes ». Même si l’on suppose, à titre d’hypothèse, que de telles « représentations » se consolident comme des « normes » qui serviraient aux politiques d’assimilation amorcées par l’État, il n’empêche que de telles « assimilations » varient énormément suivant les individus, les groupes et régions.

En somme, même si l’espace public (ou ce qui en reste) semble étouffé par des représentations étatiques qu’on fait d’habitude correspondre aux normes politiques dominantes, le « social » et le « culturel » débordent de toutes part. Or, c’est précisément ce que l’on attend des contributions « arrêts sur l’image » : faire remonter à la surface l’habitat, la famille, la sexualité, l’éducation, le travail, les arts, les tribunaux et les prisons, la ville et ses quartiers licites et « illicites », les campagnes et leurs villages et tribus. Autant de zones inexplorées, parmi tant d’autres, dont on peut toutefois sentir de l’intérieur la vie qui les agite, face à un silence « public » qui les traverse de toutes parts. C’est ce silence que l’on voudrait tenter de briser.

 

Calendrier

 

  • Fin janvier 2005 : Distribution de la présente circulaire et sollicitation individuelle des auteurs des « synthèses ». Pour la partie « arrêts sur image », d’autres auteurs seront sollicités, tout en attendant que des sujets et des noms additionnels nous soient communiqués. Un appel à contributions courtes sera également rédigé et diffusé.
  • Fin juillet 2005 : Tous les articles qui ont été individuellement sollicités doivent nous être remis, soit dans une version électronique, soit sous copie papier adressée à l’Institut Français du Proche-Orient, Damas. La possibilité de communiquer toutes ces contributions à chacun des membres du groupe reste ouverte. Autre possibilité : la création d’un website avec un mot de passe pour la consultation de toutes les contributions dès qu’elles nous sont communiquées puis remaniées.
  • Fin décembre 2005 : Communication des commentaires et suggestions des coordinateurs (et, si possible, des autres contributeurs) pour remanier les articles en vue de leur version finale.
  • Février 2006 : Remise des versions finales des articles.
  • Décembre 2006 : Publication de La Syrie au présent.

 

Proposition de structure de l’ouvrage

 

1. Présentations majeures (6 à 10 contributions de ± 30 pages)

- Transformations politiques internes : S. Belhaj, E. Kienle

- Le pays et son insertion régionale et internationale : B. Ghalioun, Ph. Droz-Vincent

- Les évolutions et transformations économiques : S. Aita, J. Yazigi

- Le territoire, la ville, le monde rural, leur aménagement et transformations : M. Ababsa, M. Dbiyat, C. Roussel, F. Balanche

- Anthropologie culturelle : M. Hammad

- Le droit, structures formelles et pratiques : Z. Ghazzal, A. Sayed, B. Dupret

2. Arrêts sur image (20 à 30 contributions de 1 à 5 pages)

- Les waqfs : R. Deguilhem

- Les structures tribales dans la badi’a : D. Chatty

- La langue d’aujourd’hui : J. Chehayed

- Regard démographique : Y. Courbage

- Alep : J.C. David

- Les comptables : E. Longuenesse

- Enquête de santé publique à Alep : collectif médical

- La traduction : Ch. Kiwan

- Ecoprojet : R. Jaubert

- L’aménagement du quartier de Mashru‘ Dummar : S. Ricca

- Nouvelles tendances théâtrales : M. Elias, C. Boex

- Les villes de province - l’exemple de Raqqa : M. Ababsa

- Les mobilités entre la province et Damas – l’exemple du Hauran : C. Roussel

- Le développement du littoral et du djebel Ansariyeh : F. Balanche

- L’autorité parentale dans le souq d’Alep : J. Borneman

- Le Conseil d’Etat : A. Sayed

- La production littéraire aujourd’hui : F. Haddad

- Le cinéma : C. Boex

- Muftis et iftâ’ : A. Boetscher

- Le salafisme alépin : B. Rougier

- Les magistrats de Damas : M. Cardinal

- La Ghouta : F. Metral

- L’eau : M. Dawdi

- Droit et économie : K. al-Ahmar

- Les nouvelles technologies de l’information : Y. Gonzalez

- L’iconographie politique : L. Wedeen

- La psychanalyse aujourd’hui : R. Nashed

- …

(Mardam Bey, J. Yacoub, Amiralay, Eid, Hilan, Goes, Lena, Stolleis, Cardinal, Gonzalez, Leenders, Borneman, Landis, Glasman, Saleh, Bianquis, Berger, al-Husseini, Barut, Lust-Okkar, Haddad, Pinto, Pelliterri, Midani, Hanna, T. Jayyush…)


 

Dernières parutions

On n’a retenu pour cette bibliographie sommaire, ordonnée par date de parution, que des articles à caractère sociologique ou anthropologique sur la Syrie contemporaine parus entre 1993-2003. On s’est surtout servi des bases de données fournies par le Sociological Abstracts (Cambridge Scientific Abstracts). Avec une moyenne de 4 à 5 articles par an, la production scientifique sur la Syrie s’avère évidemment très pauvre. Ce qui frappe néanmoins dans cette liste—surtout pour les toutes dernières années—c’est un désir d’aller au-delà du politique en direction du social et du culturel. D’où l’intérêt de tels articles pour nos “arrêts sur l’image”. On notera toutefois que la plupart de ces auteurs, qui parfois travaillent en équipe, ne sont pas connus comme chercheurs sur la Syrie et que, sauf cas rares (e.g. Wedeen ou Perthes), ces études fragmentées sur la ville, les prisons, le travail, la famille et les identités politiques et culturelles n’ont pas débouché sur des études plus complètes, ayant fait l’objet de publications séparées.

Sato, Noriko, On the Horns of the Terrorist Dilemma: Syrian Christians' Response to Israeli "Terrorism", History and Anthropology, 2003, 14, 2, June, 141-155.

Rubin, Michael, Are Kurds a Pariah Minority?, Social Research, 2003, 70, 1, spring, 295-330.

Abdelali-Martini, Malika; Goldey, Patricia; Jones, Gwyn E; Bailey, Elizabeth, Towards a Feminization of Agricultural Labour in Northwest Syria, The Journal of Peasant Studies, 2003, 30, 2, Jan, 71-94.

Hijazi, Hussain Mohammad, A Survey of Women in the Informal Sector of Rural Syria, Journal of Social Affairs, 2003, 20, 79, fall, 291-316.

Frisch, Hillel, The Role of Religion in the Militaries of Egypt, Syria, and Jordan, Orient - Deutsche Zeitschrift fur Politik und Wirtschaft des Orients, 2002, 43, 2, June, 207-224.

Maziak, Wasim; Asfar, Taghrid; Mzayek, Fawaz; Fouad, Fouad M; Kilzieh, Nael, Socio-Demographic Correlates of Psychiatric Morbidity among Low-Income Women in Aleppo, Syria, Social Science and Medicine, 2002, 54, 9, May, 1419-1427.

Al-Rajab, Buthaina T; Rahim, Amal Abdel, Unemployment and Deviant Behavior: A Field Study in Damascus Prisons, Journal of Social Affairs, 2002, 19, 74, summer, 266-298.

Turkeya, Baha El Din, The Influence of Education in Shaping Environmental Awareness among Housewives: A Field Study in Tartous, Syria, Journal of Social Affairs, 2002, 19, 76, winter, 326-356.

Arnon, Sara, The Influence of a Continuous State of Uncertainty on Social Processes in the Golan Heights, International Sociological Association, Brisbane, Australia (ISA), 2002.

Ngaido, Tidiane; Shomo, F; Arab, Georges, Institutional Change in the Syrian Rangelands, IDS Bulletin, 2001, 32, 4, Oct, 64-70.

Mouawad, Ray J, Syria and Iraq-Repression, Middle East Quarterly, 2001, 8, 1, winter, 51-60.

Rabinowitz, Dan; Khawalde, Sliman, Demilitarized, Then Dispossessed: The Kirad Bedouins of the Hula Valley in the Context of Syrian-Israeli Relations, International Journal of Middle East Studies, 2000, 32, Nov, 511-530.

Hivernel, Jacques, Bab al-Nayrab, A Suburb of Aleppo, outside the Town and in the City, Études rurales, 2000, 155-156, July-Dec, 215-237.

Lawson, Fred H, Explaining Outbreaks of Islamist Revolt in Syria and Nigeria, International Journal of Contemporary Sociology, 2000, 37, 1, Apr, 7-25.

Haklai, Oded, A Minority Rule over a Hostile Majority: The Case of Syria, Nationalism & Ethnic Politics, 2000, 6, 3, autumn, 19-50.

Kedar, Mordechai, "Arabness" in the Syrian Media: Political Messages Conveyed by Linguistic Means, International Journal of the Sociology of Language, 1999, 137, 141-146.

Wedeen, Lisa, Acting "As If": Symbolic Politics and Social Control in Syria, Comparative Studies in Society and History, 1998, 40, 3, July, 503-523.

Sagy, Shifra, Effects of Personal, Family, and Community Characteristics on Emotional Reactions in a Stress Situation: The Golan Heights Negotiations, Youth and Society, 1998, 29, 3, Mar, 311-329.

Hanafi, Sari, The Ideological Positions of Engineers in Syria, International Sociology, 1997, 12, 4, Dec, 457-473.

Lawson, Fred H, Private Capital and the State in Contemporary Syria, Middle East Report, 1997, 27, 2(203), spring, 8-13,30.

Sato, Noriko, 'We Are No More in Bondage, We Are Peasants': Memory and the Construction of Identity in the Syrian Jazirah, Journal of Mediterranean Studies, 1997, 7, 2, 195-217.

Winckler, Onn, Syrian Migration to the Arab Oil-Producing Countries, Middle Eastern Studies, 1997, 33, 1, Jan, 107-118.

Bhinda, Nils, Economic Liberalisation as "System Maintenance": Economic and Political Reforms in Syria since 1970, Scandinavian Journal of Development Alternatives, 1996, 15, 3-4, Sept-Dec, 233-264.

Watenpaugh, Keith D, "Creating Phantoms": Zaki Al-Arsuzi, the Alexandretta Crisis, and the Formation of Modern Arab Nationalism in Syria, International Journal of Middle East Studies, 1996, 28, 3, Aug, 363-389.

Jouejati, Hazar S, Women and Work in Syria, Mid-South Sociological Association (MiSSA), 1985.

Alrabaa, Sami, Sex Division of Labour in Syrian School Textbooks, International Review of Education/ Internationale Zeitschrift fur Erziehungswissenschaft/ Revue Internationale de pedagogie, 1985, 31, 3, 335-348.

Drysdale, Alasdair, The Syrian Political Elite, 1966-1976: A Spatial and Social Analysis, Middle Eastern Studies, 1981, 17, 1, Jan, 3-30.